(Pour ceux qui débarquent un peu, vieux motard que jamais : Première chronique)
Découvert sur les scènes françaises, d'abord seul puis accompagné du violoncelliste Pierre Le Bourgeois, le phénomène Nosfell s'est rapidement fait connaître en tant que véritable OVNI du monde musical de l'hexagone.
Pour ceux qui n'ont pas suivi le début, Nosfell dit venir d'une contrée loin de tout, le Klokochazia, pays peuplé de personnages magiques, regorgeant de légendes pour le moins étranges. Mariant un jeu de guitare acoustique teinté de rock, folk, et musiques traditionnelles aux nuances plus ou moins orientales, des percussions en human beatbox, une voix aux milles nuances, personnalités multiples qu'il incarne à la perfection pour ses contes, et enfin le fabuleux contrepoint d'un violoncelle jouant tant sur la dissonance que l'harmonie, Labyala Fela Da Jawid Fel alias Nosfell se veut l'intermédiaire entre ce monde et le nôtre, nous faisant part en francais, anglais ou Klokobetz, des épopées et légendes de Sladinji, du roi Shaunipul ou encore de Blewkhz Gowz, dans un premier album intitulé "Pomaïe Klokochazia Balek".Mais c'est sur scène qu'il faut voir l'énergumène et son comparse. Tout d'abord, parce que chaque morceau est construit sur la base de samples enregistrés et synchronisés les uns après les autres, Nosfell et Pierre n'hésitant pas à déconstruire leurs chansons pour mieux les rebâtir, ajoutant textures et émotions inattendues à travers crescendos et improvisations vocales ou électroniques. Ensuite, pour le personnage en lui-même. Quand il ne s'adonne pas à des chorégraphies reptiliennes ou félines, quand il ne conte pas ses histoires avec autant d'humour que d'imagination, Nosfell entre intégralement dans ses personnages, tant par ses contorsions vocales que par son attitude : il passe ainsi dans la même chanson par la douceur des aigus d'une voix quasi-féminine et par la fureur virile d'une voix caverneuse dont on n'aurait pas envie de contrarier le propriétaire. |
|
L'entrée progressive dans l'univers de Nosfell, les auditeurs tenus par la main par ce dernier, s'est déjà effectuée dans "Pomaïe Klokochazia Balek" avec douceur, poésie, légendes et histoires fantastiques. Cette fois, point d'avertissement ou d'introduction dans "Kalin Bla Lemsnit Dunfel Labyanit", "Blewtilan" ouvrant l'album dans un déferlement de basse saturée, accompagnant une batterie syncopée, le seul point de repère étant le chant aigu d'un Nosfell qu'on croirait en transe, chantant ses dernières paroles avant une mort violente. Attention, chanson à gros potentiel en concert.
|
|
S'ensuit la très étrange "Günel", où l'on retrouve ce jeu de guitare acoustique si particulier, ainsi qu'une rythmique martelée au violoncelle, le tout suivant une construction complexe, laissant présager des ambiances et sentiments bien plus sombres que tout ce que l'on avait pu entendre auparavant. Impressions confirmées par l'excellente "Oh ! It's been a long time, but we're glad you came", bâtie sur un crescendo au rythme très lent, les accords de piano participant à la création d'un univers régi par le désespoir et la mélancolie, donnant l'impression de se trouver sur un champ de bataille après l'affrontement. "Your Elegant Hat", deuxième morceau marqué par le retour de la batterie dans la musique de Nosfell, est plus conventionnel, sans pour autant perdre en intensité et en mystère entre deux couplets aux teintes quasi-militaires. "Ta main, leurs dents", premier morceau en français, s'approche beaucoup plus du premier album, avec ses accents folk. L'ambiance lourde et obscure de "Likade Litidark" alliant guitare acoustique répétitive, violoncelle, et percussions étouffées, place Nosfell dans le rôle d'un personnage mystique marmonnant et chantant une litanie aussi apaisante qu'inquiétante, avant d'ouvrir sur "Hope ripped the night", ballade plus intimiste, où le chant est doublé, et l'instrumentation, plus orchestrée, suivant une structure moins conventionnelle. |
"Conventionnel" est d'ailleurs un mot qui ne décrirait pas du tout "The gorgeous hound". On en ressort avec l'étrange impression d'avoir plongé la tête la première dans un rêve fantastique vertigineux et d'en être brusquement ressorti une minute plus tard, au beau milieu d'une procession martiale d'êtres surnaturels fanatiques chantant et martelant à l'unisson avec une guitare saturée. Ah non, ça, c'est juste "Jalin Madaz".
Pas le temps de reprendre sa respiration, Nosfell nous replonge directement la tête dans le plus qu'étrange "Majolido Tepu Jaredu", où se mêlent délires électroniques, chœurs à la limite du malsain et saxophone, l'équilibre précaire avant la cacophonie étant rompu sur la fin. Ce qui contraste avec l'introduction harmonieuse aux voix douces du "Long sac de pierres", développant une ambiance chaleureuse qui s'alourdit progressivement pour nous faire débouler magistralement dans un film de Tim Burton, rien que ça.
"I Jaun Bebdei" s'approche beaucoup de ce que l'on pu découvrir dans le premier album, avec néanmoins des harmonies plus travaillées sur les refrains, s'ouvrant finalement sur la conclusion du disque, "Path Of Green", morceau sympathique aux accents folks, une ballade sans prétention, laissant l'auditeur sur une touche plus douce et moins torturée, sans oublier de glisser un petit sentiment de mystère derrière les refrains. Il ne faudrait pas non plus que l'on se croie totalement en sécurité dans ce monde, après ce que Nosfell nous en a montré cette fois ci...
Nosfell et Pierre Le Bourgeois n'en finissent pas de développer des univers, cette fois-ci décomplexés et n'hésitant pas à laisser libre cours à leur inspiration, puisant dans les possibilités illimitées qu'offre leur duo (Pierre Le Bourgeois ayant cette fois participé à la composition) pour étoffer toujours plus l'expérience du Klokochazia. Terriblement dense, marqué par une diversité des atmosphères encore plus impressionnante que sur son prédecesseur, "Kalin Bla Lemsnit Dunfel Labyanit" est aussi susceptible de transporter l'auditeur dans une histoire intrigante différente pour chacun, un peu comme un film d'un pays lointain sans sous-titres. En arrivant à véhiculer tant d'émotions et d'atmosphères différentes, Nosfell enchante et effraie. Oui, Nosfell effraie. Car ce sera encore meilleur en live.
Quelques liens :
Nosfell.com, le site off', avec "Your Elegant Hat" en écoute.
Myspace (non officiel).
NostrumFellow.com, site non officiel.