Quelques mois après la fin de la tournée pour son 2ème opus, ce cher guitariste/chanteur/beatbox/conteur/surdoué Nosfell et son comparse violoncelliste/bassiste/bidouilleur/arrangeur Pierre Le Bourgeois redébarquent avec un troisième album, intitulé sobrement... Nosfell.
(Pour ceux qui ont pas trop suivi l'aventure, vous pourrez trouver pas mal d'articles concernant les deux compères ainsi que quelques photos (qui se retrouvent un peu partout sur le net en fait, étonnant non ?) sur l'ancienne version de mon site... (Et un article, et deux articles !) )
Avis presque à chaud. Enfin, autant que possible, la galette ayant tourné sans arrêt depuis lundi soir...!

La différence de teinte globale de l'album par rapport aux précédents est la première chose que l'on peut remarquer : exit les longues plages contemplatives et mélancoliques de Kalin bla lemsnit dunfel labyanit (Ta main leurs dents, Likade, Hope ripped the night), ses ambiances oppressantes et parfois presques burtoniennes (Gunel, It's been a long time, Le long sac de pierres), ainsi que ses accès folies malsaines ou angoissantes (Majodilo Tepu Jaredu, Jalin Madaz, The Gorgeous Hound), exit la liberté sauvage, végétale et organique de pomaie Klokochazia balek... Mais pas tout à fait : Nosfell ressemble de temps à autres à un résumé, ou un épilogue des oeuvres précédentes.
Cela serait pourtant très réducteur : l'album présente autant de facettes différentes que de chansons. Voire plus : Lugina, l'incroyable Olyasetilan, Bargain Healers ou encore Alaj Lis Ajal, si elles sont probablement parmi les chansons les plus accessibles de Nosfell (ce qui ne manquera pas de faire grincer les dents de certains), surprennent par leurs constructions complexes et en constante évolution (au même titre que Your elegant hat' si le précédent opus).
L'aspect rock est indéniablement plus développé, avec Lugina, Jusila, ou la rencontre d'une puissance électrique (et électrisante) et de klokobetz dans Kodalit et Subilutil ; mais parler de virage musical serait oublier l'évolution déjà entamée dans Kalin bla lemsnit... et au cours de la tournée, et les quelques chansons enregistrées avant le premier album. Cette facette a toujours fait partie du personnage, et l'aisance avec laquelle il la développe et la déroule ici est presque déstabilisante.

On assiste à l'opposition directe d'une violence canalisée (Lugina, Jusila, Kodalit), et de l'innocence et la vulnérabilité les plus pures (Suanij, Hejnoita, Arim Lis Lilem). Bargain Healer avec Joshua Homme (Queens of the Stone Age) et Brody Dalle (The Distillers, femme de Joshua), marque par sa rythmique hachée et entêtante, et les sublimes arrangements de voix qui se complètent à merveille. Le premier couplet, chanté par Nosfell en Klokobetz, est juste une véritable démonstration de majesté et de charisme. Et en à peine 5 minutes, ce surdoué semble capable de raconter plusieurs histoires successives dans un Olyasetilan dont le refrain et le final resteront certainement parmi mes passages préférés de son oeuvre.
Les paroles entremêlées et la diction volontairement floue de La romance des cruels (interprétée par Daniel Darc, mais (désolé Daniel !) prenant une toute autre dimension chantée en live par Nosfell) rappellent Le long sac de pierres et les nombreuses histoires tragiques évoquées jusqu'alors. Histoires fascinantes et fortes de leur opacité, mais si l'univers de Nosfell est d'une poésie et d'une beauté magnétique, le conteur nous rappelle en filigrane qu'il reste sombre et impitoyable.
Certains morceaux comme Maridus, Lugina ou Subilutil (dont le début rappelle terriblement le premier album), malgré l'évolution des sonorités, laissent une véritable impression de familiarité : plus qu'une continuation narrative, on a l'impression d'être transporté plus profondément dans l'esprit des protagonistes, confronté plus précisemment à leurs dilemnes et leurs tourments.
Les structures sont plus simples d'accès, certes, mais les rythmes et mélodies sont toujours complexes et finement ciselés, aux diverses nuances folk, ethniques : nosfell achève d'après moi la création de la musique folklorique d'un pays qui semble devenir de moins en moins imaginaire et lointain, avec des titres comme Jusila ou Alajilis Lilem.

On ne manquera pas de remarquer la contribution de Pierre Le Bourgeois, toujours présent depuis le premier album et toujours aussi incroyable au violoncelle, à la basse et aux arrangements, et la production de Alain Johannes (oui oui, celui de Queens of the Stone Age), dont on retrouve la marque percutante un peu partout...
D'une hypersensibilité, d'une obsession constructive, d'un imaginaire débridé est né un univers à fleur de peau, dont la description emeut à mesure qu'elle s'affine.
De la rencontre et la collision d'influences musicales variées et qu'on aurait pu croire incompatibles, et d'un incontestable talent, est né l'étrange musique inclassable permettant cette description.
Prochain rendez vous : hormis les nombreux concerts et showcases à ne pas manquer, Le lac aux vélies (oeuvre comlète jouée avec un orchestre symphonique l'année dernière, et rejouée à la Salle Pleyel le 29 juin prochain) sort dans quelques jours sous la forme d'un CD/Livre (illustrations et... histoires ?)
Site officiel : http://www.nosfell.com/ || Myspace : http://www.myspace.com/nosfell
(Je me répète mais : Allez à ses concerts ! Bien plus qu'une expérience musicale ! Histoires fabuleuses, rires et larmes ! Croissants gratuits ! (heu...) )